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Le Cloud computing français : un succès au futur du conditionnel


Il est des tournants dans l’histoire des technologies qu’il faut savoir négocier à temps, si l’on ne veut pas être irrémédiablement laissé sur le bord de la route. L’irruption du Cloud computing sur le terrain de l’informatique d’entreprise fournit enfin à la France l’occasion de montrer de quoi elle capable.

Il est des tournants dans l’histoire des technologies qu’il faut savoir négocier à temps, si l’on ne veut pas être irrémédiablement laissé sur le bord de la route. L’irruption du Cloud computing sur le terrain de l’informatique d’entreprise fournit enfin à la France l’occasion de montrer de quoi elle capable.

Il ne peut être question pour elle de laisser à d’autres la maîtrise absolue d’un domaine aussi prometteur. Il y a là, en effet, pour les entreprises françaises, toutes les entreprises, une formidable opportunité de croissance et d’emploi.

Le bilan du Cloud est certes prometteur, mais jusqu’à présent seuls quelques gros opérateurs de Cloud nord-américains comme Google, Microsoft et Amazon en tirent profit. Mais la partie n’est pas gagnée, car ces géants ne créent pas d’emplois en France…

Il faut par conséquent saluer les brillantes initiatives menées en quelques mois par Orange Business Services avec Andromède, ATOS avec Canopy ainsi que d’autres grands acteurs français avec de vraies créations de valeur et d’emplois à la clé dans l’hexagone. Mais n’oublions pas les vraies avancées de petits et moyens acteurs partout en France avec un coup de cœur particulier pour la société SIGEMS dans le domaine de la santé ou Navaho, Intégra, Colt et Chéops dans des domaines plurisectoriels qui ont réussi sans l’aide de l’État.

L’état au secours du Cloud

Il importe aujourd’hui que tous les responsables, publics et privés, aient pleinement conscience du phénomène et des enjeux que représente le Cloud computing. Dans le Plan numérique 2012, soutenu par le ministre Éric Besson, le gouvernement actuel l’a d’ailleurs bien pris en compte même si, à mon grand regret, la priorité et le financement du grand emprunt ne sont accordés qu’aux grands acteurs. D’une manière générale, les grands acteurs économiques l’ont fait également, mais trop de chefs d’entreprise sous-estiment encore ou méconnaissent ce que le Cloud pourrait leur apporter.

Beaucoup, sans doute, en perçoivent d’abord les inconvénients, possibles ou supposés. On pense naturellement aux emplois que le Cloud pourrait, supprimer dans certains cas. C’est encore l’histoire qui nous l’apprend : chaque innovation technologique importante suscite ce genre de craintes. Mais l’expérience passée démontre aussi qu’après une période d’adaptation, l’innovation se révèle au contraire créatrice d’emplois (référence à la « destruction créatrice » de l’économiste Joseph Schumpeter [1883–1950]. Elle entraîne une mutation des carrières, et valorise des compétences jusque-là ignorées.

Si l’on observe de ce point de vue la situation française, on nourrit peu d’inquiétude pour les toutes prochaines années d’ici au moins à 2014. Une adoption modérée du Cloud par les entreprises surtout les grandes et moyennes ne provoquera pas de destruction d’emplois. Et ce, du fait d’une offre certes croissante, mais toujours limitée par rapport aux besoins en termes de couverture applicative. Les directions informatiques, qui ne sont généralement pas en sureffectif, affecteront le cas échéant les personnes concernées à d’autres missions. Il faut bien considérer que, pour le moment, la part du « Cloud computing » dans les systèmes d’information n’est que de 4% au sein des grandes entreprises et des ETI. En revanche, son développement entrainera des créations d’entreprises et embauches, assez nombreuses dans les petites entreprises propres au Cloud [hébergeurs, éditeurs], et de façon modérée au sein des grosses sociétés opératrices.

2015, zone de danger

Plus avant dans le temps, c’est-à-dire pour la période 2015-2020, et dans l’hypothèse certaine où l’offre Cloud public permettrait de couvrir davantage de besoins applicatifs et en infrastructure au sein des moyennes et grandes entreprises, une destruction relative d’emplois pourrait se produire au sein des entreprises utilisatrices. En revanche, elle serait compensée par des créations, de moyenne importance dans les grandes sociétés du Cloud [SSII, éditeurs et opérateurs], et plus conséquentes dans les plus petites structures [surtout chez les « pure players »] où le potentiel est énorme.

Quoi qu’il en soit, le fait est là : l’ »industrie » du Cloud progresse partout. Pour la France c’est « quitte ou double ». Elle serait d’autant plus coupable de ne pas s’attacher à ce phénomène qu’elle dispose d’atouts remarquables pour s’imposer : une électricité de qualité et bon marché, d’excellentes infrastructures, des experts de grande qualité. Mais considérons aussi l’ensemble des filières concernées par le Cloud comme les télécoms, les acteurs de la sécurité, les éditeurs, les SSII, les hébergeurs. Mais également : le bâtiment pour la construction des Datacenters, les énergies renouvelables, et le secteur de l’éducation pour former des ingénieurs dédiés.

Cloud français : quitte ou double

En conclusion : de toute évidence, le Cloud est et restera un succès durable. Le sera-t-il pour la France ? C’est cette interrogation qui dicte le titre de cet article : le futur est une évidence, car nous ne sommes qu’au début d’une longue histoire. Pour le conditionnel, il s’agit de transformer les essais en cours et de continuer les investissements. La France est condamnée à réussir son Cloud bleu-blanc-rouge. Pourvu que l’élan pris en 2011 perdure et s’amplifie même après les élections. Mais par pitié que l’on n’oublie pas les plus petits acteurs…

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